"Les journalistes méritent des bas salaires". Le professeur Robert G. Picard n'y va pas par quatre chemins. Lors d'une conférence à l'université d'Oxford, ce spécialiste de l'économie des médias, enseignant à l'université suédoise de Jonkoping et à Oxford, auteur de 23 livres sur le sujet, est revenu sur la crise profonde qui secoue les médias. Et il blâme les journalistes: "les salaires reflètent la valeur produite. Et les journalistes, ces jours-ci, ne créent plus vraiment de valeur".
Avant, le journaliste produisait une valeur ajoutée "significative". Il bénéficiait d'un accès exclusif aux sources, déterminait la valeur de l'information et la diffusait à son public. En d'autres termes, "la principale valeur du travail du journaliste ne découle pas d'un savoir propre, mais réside dans sa capacité à distribuer le savoir des autres", analyse Robert G. Picard. Il est en fait un intermédiaire.
Le développement d'internet, des blogs et des réseaux sociaux a changé la donne. Fini l'accès réservé aux sources: elles s'expriment elles-mêmes sur le Net. Fini aussi le pouvoir de sélectionner et de diffuser l'information: les utilisateurs vont directement voir ce qui les intéresse parmi les millions de sites web. Tout cela, gratuitement.
Standardisé
Résultat, la presse se meurt. Et les médias ne réagissent pas. Alors que leur métier est menacé, les journalistes continuent à faire leur travail à l'ancienne. Pire, "le journalisme est devenu un métier standardisé", regrette Robert G. Picard. "La plupart des journalistes partagent les mêmes qualités (…), utilisent les mêmes sources, posent les mêmes questions et produisent des articles relativement similaires". Conclusion: les journalistes sont interchangeables. Par conséquent, ils ne méritent que de bas salaires et mènent les médias à leur perte.
En revanche, "Pour mériter un bon salaire, il faut avoir des dons, des qualités et un savoir unique", explique l'universitaire. Et produire un contenu exclusif. C'est aussi et surtout la seule manière, selon Robert G. Picard, de sauver le journalisme.
Spécialisation
La solution réside dans la spécialisation, selon l'universitaire. Il donne des exemples: le Boston Globe pourrait se spécialiser "dans l'actualité de l'éducation et de la santé", et profiter ainsi du grand nombre d'universités sur son aire de diffusion. Le Detroit News ne fait pas autre chose: le journal local de Detroit est devenu une référence en matière d'actualité automobile, profitant de sa proximité avec les sièges sociaux des trois grands constructeurs américains (GM, Ford et Chrysler).
Ce n'est pas tout. "Le journalisme doit inventer de nouvelles façons de produire et de distribuer l'information", prône Robert G. Picard. Qui ne donne pas de formule prête à l'emploi. N'empêche, son discours d'Oxford a été publié par le Christian Science Monitor, l'un des premiers quotidiens à avoir abandonné le papier et à avoir embrassé le web. Une piste?




















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