Tricher ou ne pas tricher? Les débats font rage depuis la désormais fameuse main de Thierry Henry dans la surface de réparation, lors du match France-Irlande du 18 novembre dernier.
Le joueur du FC Barcelone est tour à tour taxé d'héroïsme pour avoir permis le but de la qualification au Mondial de football; et d'escroc, pour une victoire qui aurait dû revenir aux Irlandais. Selon ses détracteurs, le faire play et l'honneur exigeaient que Thierry Henry se dénonce, même si l'arbitre n'est pas venu le voir, dans la mesure où il a lui-même reconnu sa culpabilité le soir de la partie.
Mais au-delà de déterminer ce que le joueur aurait dû faire, la question est aussi de savoir s'il a eu raison de le faire. Et de ce point de vue là, Thierry Henry est loin d'avoir pris la décision la plus idiote, selon la théorie des jeux, une approche mathématique de problèmes de stratégie, employée en science économique.
Une main rationnelle
L'objectif de la théorie de jeux est en effet d'analyser le comportement d'un individu rationnel, confronté à un choix dans un environnement donné, pour définir sa décision la plus optimale, en dehors de toute considération morale.
"Un joueur rationnel et opportuniste sera toujours incité à ne pas tout à fait respecter les règles quand il est sûr que la situation ne se répétera pas. Dans le cas contraire, il sera trop coûteux de le faire car la personne en face de lui trichera sûrement à son tour quand ils se reverront", explique Laurent Denant-Boemont, économiste et spécialiste des théories de jeux et auteur du blog "Expeconomics".
En clair, si Thierry Henry avait été tenté de laisser traîner sa main sur le ballon en match aller, il aurait été plus rationnel de s'abstenir, au risque de voir les Irlandais faire de même lors du match retour. Car tout est ici une question de calcul mathématique entre les gains et les risques potentiels. Or, dans le cas de la partie du 18 novembre, les sanctions en cas de triche étaient quasiment nulles.
Aucune sanction ou presque
"Les règles sont telles avec l'absence de vidéo, que les conséquences de son geste étaient minimes", analyse Laurent Denant-Boemont. Si l'arbitre sifflait, le but était annulé et s'il ne le faisait pas, la pire chose qui pouvait arriver était de devoir rejouer le match. Mais le joueur savait très bien que cela était peu probable. La Fédération internationale de football association (Fifa) a d'ailleurs refusé ce vendredi d'annuler la partie.
"La triche est donc d'autant plus rationnelle que les sanctions attendues sont dérisoires", conclut l'économiste. D'après la théorie des jeux, Thierry Henry aurait donc agi de la manière la plus optimale lors de la rencontre France-Irlande. Pas sûr pour lui, cependant, qu'une triche rationnelle soit davantage pardonnée.

















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